About

Marwan Moujaes by Marie Cantos
Art Critic and independent curator


“The real tragedy is bearth”, he explains with gentle irony. It has to be
said that tragedy lies at the heart of Marwan Moujaes’s line of thinking:
in the conflicts of the Middle East, whose history – or rather histories
– he re-visits; in his actual approach and method, nurtured by ancient
Greek theatre. Unity of time, place and action. Sphinx-like questions,
with no answers. Cathartic dimension. Violence, guilt, Excess, too.
The artist’s works use codes to create, in the onlooker, the need
to, in his/her turn, shed the weight of fate. Physical restrictions
are at work, without us paying heed to them, having an influence
on the protagonist subtly shaping a space within the exhibition.
We are submerged by the video installation 40 mourning days (2015-
2016), a ready-made video coming from NASA and showing the sun’s
activity from the 21st of August 2013 at 3.15 am – the alleged time of
the first deaths following the chemical bombardment of Gotha, in Syria,
which caused between 322 and 1729 victims – to the 3rd of October 2013
at 3.15 am, forty days later, forty days of mourning before the soul leaves
the body, it is said, and, above all, before the body start its decomposition.
We walk around 54,55 (2015) several times, to try to glimpse
that press photograph hidden by a bunch of flowers, choreographing,
in front of the installation, the legitimate delay
between the need to inform and the indecency of showing.
Marwan Moujaes’s work scratch like Antigone trying to bury her brother
in a ground that is as hard as stone. To initiate the surface of things,
and try to shed light on the different layers of memory and ward off the
amnesia of human beings by tirelessly reproducing the same schemes.
So in the video installation Bien-être (2016) the perfume of an Eau
de Cologne painfully brings to life an old woman suffering from
Alzheimer’s: it is the smell of dead people being washed, like Antigone
on her day. In response to the artist, one thinks of Pierre Fédida writing
in L’absence (1978): “Mourning really sets the world in motion.”

 

Marwan Moujaes par Marie Cantos pour le 61e Salon de Montrouge

« La véritable tragédie, c’est la naissance », confie-t-il avec douceur et ironie. Il faut dire que la tragédie est au coeur des réflexions de Marwan Moujaes : dans les conflits au Moyen-Orient dont il revisite l’histoire – les histoires ; dans son approche même, nourrie de théâtre antique grec. Unité de temps, de lieu, d’action. Questions sans réponse, sphingesques. Dimension cathartique. Violence, culpabilité. Démesure, aussi.

Les oeuvres de l’artiste utilisent ces codes afin de générer, chez le regardeur, le besoin de se départir à son tour du poids de la fatalité. Des contraintes physiques s’opèrent sans qu’on n’y prenne garde, influant sur les protagonistes à l’écran, modelant subtilement le parcours au sein des espaces d’exposition. On est submergé par la projection de 40 jours de deuil, vidéo readymade provenant de la Nasa et montrant l’activité solaire du 21 Aout 2013 à 3h15 – heure supposées des premiers décès suite au bombardement chimique de Gotha, en Syrie, qui fit entre 322 et 1729 morts – au 3 Octobre à 3h15, quarante jours plus tard, quarante jours de deuil avant que l’âme ne quitte le corps, dit-on, et, surtout, que le corps ne se décompose. On fait le tour de 54,55, plusieurs fois, pour tenter d’apercevoir cette photographie de presse cachée par un bouquet de fleurs, chorégraphiant, devant l’installation, l’atermoiement légitime entre nécessité d’informer et indécence de montrer.

Les oeuvres de Marwan Moujaes grattent comme Antigone tentant d’enterrer son frère dans un sol dur comme la pierre. Pour entamer la surface des choses, tenter de mettre à jour les différentes strates de mémoire et conjurer l’amnésie des hommes reproduisant inlassablement les mêmes schèmes. Ainsi, dans l’installation vidéo Bien être, le parfum d’une eau de Cologne anime douloureusement une vieille femme atteinte d’Alzheimer : c’est l’odeur des morts qu’on lave, comme Antigone en son temps. En réponse à l’artiste, on pense à Pierre Fédida, écrivant dans L’Absence (1978) : « Décidément, le deuil met le monde en mouvement. »